Another Kep’s.

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Encore l’ombre de la culpabilité
même ici, ailleurs, n’importe où
S’immise, brûle les plumes
par sa gorge roussie
Son chant triste tout le long des murs
et les lames de ses yeux sont deux sillons obscures

Réveille toi
Goûte,
Ce n’est plus le sel mais le sang
Les yeux noyés dans le vide depuis combien de temps
Les secondes pluvieuses et les paupières closes
Semblable, encore, captive, jousqu’à l’overdose

Jour de pluie, jour de lenteur,
Jour de verre pilé et de kep’s entamé

Je reste là,
Je reste là et j’ai peur
Je compte,
D’un bout à l’autre
Je compte tout ce qui ne reviendra pas

Si ceux qui savent pourraient chuchoter
T’inquiète ma grande – promis,
Demain ne viendra pas
Demain ne viendra pas…

 

Lola

Illustration: Lola par Verner (Vernerland)

Veni, vidi, vixi – Victor Hugo

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J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;

Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête,
J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;

Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
Ô ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes,
Puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu.

Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J’ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.

J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé,
Et j’ai vu bien souvent qu’on riait de ma peine.
Je me suis étonné d’être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.

Dans ce bagne terrestre où ne s’ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J’ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.

Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d’ennui, comme un homme
Qui se lève avant l’aube et qui n’a pas dormi.

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
Ô Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !

 

Victor Hugo 

Illustration: Egon schiele « la jeune fille et la mort »

Barjavel « La faim du tigre ». Extraits

 

Andrzej Mazur ~ “The Soothsayer”

 

« S’il est vrai qu’il y eut le temps de la Connaissance, comment celle-ci parvint-elle à l’homme? Qui lui fit connaître ce qui est et ce qu’il est? Tout ce qu’il a oublié depuis?

La plupart des traditions parlent d’une Révélation. C’est-à-dire un message transmettant directement le savoir du principe créateur à l’esprit de la créature. Comment faut il imaginer cette transmission?

Zeus tonne dans les nuées, Yahvé parle dans un buisson ardent, ou au sommet du Sinaï, Jésuis parle sur la montagne ou au bord de l’eau, Bouddha parle sous un arbre…

C’est une image familière à tous ses enseignements religieux, une image qu’il faut bien se garder d’accepter dans la simplicité où elle nous est offerte, ni de rejeter la cause de cette simplicité.

Dieu parle dans le buisson, sur la montagne, au bord du fleuve, du fond des cieux…: Dieu parle dans sa création.

Le message de ce-qui-crée à ce-que-est-crée, c’est la Création elle même, c’est la créature. La Révélation c’est l’acte créateur. Ce qui est fait est par là même montré. Cela semble évident: toute la vérité du monde, c’est le monde. Toute la vérité de l’homme, c’est l’homme. Le message est en nous et autour de nous. Il suffit de le déchiffrer.

Mais nous sommes comme les enfants devant un livre: nous le voyons, nous le feuilletons, nous le parcourons, mais nous ne savons pas ce qu’il raconte, car il n’y a plus personne pour nous apprendre à lire.

Enragés par notre ignorance, nous avons tant examiné, comparé, analysé les signes de l’écriture que nous sommes parvenus à identifier les lettres, à reconnaître les mots, mais en ignorant toujours ce qu’ils signifient. Nous avons accumulé le vocabulaire, dégagé les lois de la syntaxe du monde. Nous sommes capables de construire des phrases correctes, bientôt des chapitres entiers de la Création. Mais nous utilisons les mots et les assemblons sans connaitre le sens du plus simple d’entre eux.

[…] Chaque parcelle de l’univers, du microcosme au macrocosme, est un mot du message. Les relations des mots entre eux, des atomes et des molécules, des feuilles avec les fruits et les racine, du sang et des os, de la pesanteur et de la chute, du mangeur et du mangé, des étoiles et des voies lactées, composent une signification totale que nous ne savons plus déchiffrer, ni dans les détails, ni dans l’équilibre de ses parties, ni dans la grande et simple évidence de son tout. La lecture d’un brin d’herbe, d’une poignée de terre, d’une foule, d’un petit chat, des étoiles de l’été, devraient nous introduire très simplement et très profondément dans la connaissance. L’univers est livre qui s’écrit sans cesse en pleine clarté. L’homme est un mot, une phrase, un chapitre de ce livre, mais il ne sais plus vivre ni en lui même ni dans les autres pages. Par son corps animal, il continue absolument à faire partie du grand fleuve de la création. Il est une goutte dans le courant, traversé par lui et lié à lui dans sa mobilité. Il est dedans, par toutes ses cellules. Mais par la pensé il cru s’arracher à cette dépendance, explorer le fleuve à sa guise. Il a perdu le sens du courant. Il continue à être emporté, mais il ne sais plus où il va.

Il a inventé de nouvelles écritures qui lui ont fait oublier celle de l’univers. Il a élaboré des sciences qui lui ont fait perdre le savoir. Toute son attention est appliquée à l’apparence des choses et néglige leur signification. Il est comme un enfant curieux qui suit avec le doigt le contour des lettres, et qui ne sait pas lire. Il s’est mis à faire l’inventaire de ce qui est, mais il ne sait plus pourquoi cela est. »

Barjavel « La faim du tigre » 1966

Illustration: Andrzej Mazur

 

Feel like this:

 

Un corps,
devenu brume sibylline, impénétrable dans sa trajectoire.
Battu au grès des feuilles mortes et des inhalations enveloppées d’un voile opaque et doux,
effacé de tous souvenirs.
Portée par le vent, s’estomper, s’évanouir.
S’éteindre, ne plus être, ne plus rien sentir.
Je ne souffre pas, je ne souffre plus.
Je n’est plus.
Désagrégée dans le souffle du vent,
j’ai tout oublié,
je me perds, me dissipe, je suis emportée si haut…
Qui étais-je ? Ils vous diront -personne-
ou peut être un souvenir d’une journée confuse, incertaine et effacée.
Ils se souviendront d’un nuage léger, d’une vapeur insondable
aux senteurs d’alcool, de fumée et de vanille.
Un trouble vague, un souvenir confus, des image incertaines
du corps que je fus.
Une nappe nébuleuse aux charmantes ondulations,
rien d’autre qu’un rêve dont on oublie la peau, la quintessence troublée.
Les souvenirs s’échappent,
Devenir le corps de l’ineffable.
L’ineffable éffacée.

 

Joyeux anniversaire Lola.
Il fut un temps où je croyais t’aimer.
J’ai dû oublier…